Société Nautique des Calanquais de la Vieille Chapelle

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SNCVC Pointe Rouge Marseille


HISTOIRE DU QUARTIER DE LA « VIEILLE CHAPELLE » par Gérard PELLETIER - Conseil d’Administration du CIQ Bonneveine-Vieille Chapelle

Publié par S.N.C.V.C sur 17 Octobre 2012, 12:15pm

Cet article n’a pas la prétention d’être exhaustif
Réaction et complément seront bienvenus

 

Le présent article fait suite aux articles historiques concernant le quartier de Bonneveine (voir les bulletins n° 135, 136 et 137 parus en 2010). Rendons d’abord hommage à Mr Roger-Charles GARDANNE, disparu très récemment, qui écrivit dans les années 90 dans ce même bulletin du CIQ des articles sur ce sujet, articles intitulés « Coup d’oeil dans le rétroviseur ». Le quartier de la Vieille Chapelle fait partie des 111 quartiers de Marseille classifiés en 1946, quartiers qui font souvent écrire que Marseille est un ensemble de villages. Le « périmètre » du CIQ Bonneveine-Vieille Chapelle couvre les deux quartiers de son intitulé. L’espace du quartier « Vieille Chapelle » est de 112,90Ha dont 110,70 urbanisés, espace occupé par 8102 habitants selon le recensement général de la population par quartier de 1999. Les limites du quartier sont, sur le front de mer, le boulevard des Neiges d’un côté, la traverse Tiboulen de l’autre, et à l’intérieur des terres le rond-point de l’avenue de Hambourg, à hauteur de la traverse des Lanciers.

  

 

L’histoire du nom :

Si le nom de Bonneveine a donné lieu a diverses interprétations, il n’en pas de même pour celui de la Vieille Chapelle. On s’attend à découvrir une chapelle ancienne lors de l’évocation du nom du quartier, chapelle aujourd’hui disparue mais dont la mémoire subsiste par le nom. Ecoutons la réponse des Archives historiques de l’archeveché de Marseille, interrogées lors de la rédaction de cet article : « L’église la plus ancienne de la paroisse était située au quartier de la Vieille Chapelle. Là se trouvait autrefois une petite église dédiée à la Nativité de la Très-Sainte-Vierge, église qui était succursale de la paroisse de Saint-Ferréol. Cette chapelle ne fut probablement pas très ancienne puisqu’antérieurement à 1699, les mariages et les baptêmes se faisaient à Saint-Ferréol et les enterrements à Saint-Giniez. Pendant la Révolution, la chapelle fut saisie comme bien national. Mise aux enchères publiques, avec le logement du vicaire et le cimetière, le 1er floréal An II, elle fut acquise le 17 floréal de la même année par Jean Antoine RAMBAUD, menuisier. Les murs déjà en ruines, furent démolis en 1863 pour dégager la vue d’une villa qui venait d’être construite à proximité » La carte de Cassini de 1750 ci-dessus des quartiers sud situe cette chapelle et la nomme « Notre Dame de Montredon ». A noter que certains matériaux, dont les portes, de cette chapelle serviront à la construction de la salle Saint-Jean-Baptiste en 1866, édifiée par la Société de Secours Mutuel, boulevard des Neiges, belle salle elle-même malheureusement démolie récemment. Le CIQ détient une serrure à titre de souvenir symbolique ! Le cimetière dont il s’agit était situé Avenue Mendès-France à l’endroit des immeubles récents « Les Iles Bleues », cimetière déclassé en 1860 et déplacé à Mazargues. Cette chapelle de 1699 est la plus ancienne des églises des quartiers voisins : Bonneveine date de 1769 (mise en fonction), Mazargues de 1845 , Sainte-Anne de 1859, Montredon de 1854. Des peintres ont réalisé des tableaux du quartier, le peintre officiel de la marine François ROUX (1811-1882), et PUCK dont le tableau daté de 1850 montre déjà une chapelle en ruines. Cette chapelle était située sur la « pointe des Calanquais », à l’endroit actuel du parking. Par ailleurs, l’intérieur du quartier était surtout constitué de vastes domaines comme la propriété Gras (dit Grasset) à la traverse Parangon.

 

 

L’évolution du quartier :

Sur le bord de mer, la pointe des Calanquais connut à la fin du XIXème siècle et au début du siècle suivant, une période prospère.

« Flanqué d’un minuscule port de galets, domaine des bâteaux de pêcheurs de métier et de plaisanciers, il était occupé, recouvert, surchargé d’une cinquantaine de cabanons plus que rustiques, desservis par deux ruelles, agrandi par des bâtiments montés sur pilotis au bord de mer dont le célèbre restaurant du sieur Vinaigre réputé dans tout Marseille et au-delà, pour sa bouillabaisse et… le caractère de son propriétaire, un personnage truculent qui n’acceptait que les clients dont la tête lui revenait ! » (Roger Gardanne). Donc, il existait à cette époque une certaine joie de vivre sur le bord de mer dans ces « guinguettes » et les fêtes de toutes sortes y étaient coutumières chez Vinaigre, chez « Bébé » autre restaurant. Le compositeur Vincent Scotto (1874-1952), qui possédait un cabanon à la Pointe Rouge, venait en voisin y gratter sa guitare. L’anse de la Vieille Chapelle, petite et peu protégée, abritait plaisanciers et pêcheurs professionnels dont « Lou Tambourinaire » qui laissera un souvenir vivace. Des descendants de ces pêcheurs résident toujours dans le secteur. La pêche s’opérait à l’aide de thys et de battudes, formés de filets, de nasses et de palangres. En saison, les pêcheurs pratiquaient la « cencho » aux loups alors très abondants, pratique de pêche qui consiste à cerner le banc de poissons avec des filets. Notons que les oursins de la Vieille-Chapelle étaient aussi très réputés !

 

Le produit de cette pêche alimentait les restaurants et la population riveraine, avec ses célèbres poissonnières Nini et Claire, mais aussi la Criée par des omnibus à chevaux et ensuite des tramways ainsi que le marché aux poissons de Mazargues. Les bâtiments de cette pointe des Calanquais ont été détruits en 1942-1943 par les Allemands. L’anse fut comblée à l’occasion de la construction des nouvelles plages que nous connaissons maintenant en fin des années 70 et la physionomie du quartier de bord de mer évolua avec larénovation notamment de la voirie de 2006. De cette époque reste la dynamique Société des Calanquais de la Vieille Chapelle, installée au port de la Pointe Rouge, qui fêta ses 100 ans le 6 novembre 2009 à la Salle des Sports de Bonneveine avec la participation du maire de Marseille. Le développement du quartier comporte aussi un volet plus industriel au début du XXème siècle. Signalons parmi les 108 fabricants recensés en 1924 à Marseille, « Les Savonneries de la Vieille Chapelle » André Allatini et son savon « Le Rationnel » vendu dans toute la France. Cet industriel était aussi un mécène des meetings aériens naissants, en 1909 par exemple il participe à l’organisation d’un meeting dans le Forez. Cet engouement pour l’aviation naissante explique le motif de l’affiche ci-dessous de la savonnerie. Signalons aussi la présence à cette époque d’une industrie textile, « La Compagnie du Fil de Lin » dont il reste des bâtiments.

 

Un événement curieux à relever : le 18 aout 1908, Mr Molinari, devant le refus des autorités d’une manifestation publique, organisa une manisfestation privée dans sa propriété, villa Valflor (bastide du XIXème bâtie par Mme Molinari) qui consistait en un combat de deux tigres de Sumatra avec deux taureaux de manade ! Ce jour-là les cornes dissuadèrent les tigres et le combat n’eut pas lieu. Le lendemain, il recommença, mais la police intervient et embarque l’organisateur ! Nous lui devons le nom du boulevard que les habitants du quartier connaissent bien.


 

Le quartier d’aujourd’hui et de demain :

L’aménagement des plages du littoral en fin des années 70, les constructions nouvelles notamment dans l’intérieur, la réfection du carrefour Goumier- Avenues Mendès-France - Joseph Vidal en 2006, la construction de la première partie du Boulevard Urbain Sud inaugurée en 2001 (Boulevard Mireille Jourdan-Barry), etc, ont profondément changé la physionomie du quartier et concourrent à en faire un quartier attractif où se mélangent habitants et marseillais en villégiature. Notons cette jolie statue de « sirène » (« La Femme à la Tortue » plus exactement) en bronze près de la plage : elle est l’oeuvre du sculpteur Marcel COURBIER (1898-1976), spécialiste réputé des sculptures de rues et qui conçut notamment la statue du Mémorial Jean Moulin à Salon-de-Provence. Notons aussi le nom du nouveau boulevard, « Mireille Jourdan-Barry » : cette dame (1900-1987), descendante d’une lignée de courtiers maritimes, était l’ épouse de Raymond Jourdan, (1891-1968) courtier maritime aussi, mais qui fut un collectionneur passionné d’argenteries et de faïences, qui firent l’objet de dons de son épouse et de son fils Pierre , part notables des collections du musée de la Faïence au château Pastré. Sur le littoral, l’équilibre entre la circulation et le stationnement des véhicules, et la vie des habitants et des commerces est difficile à trouver. Souhaitons que la prolongation annoncée du BUS (dernière date annoncée 2014 !) facilitera la vie du quartier , ce qui semble nécessaire avec la création du Parc National des Calanques voisin. Mais il fait bon vivre dans le quartier de la Vieille Chapelle…

 

 

Gérard PELLETIER - Conseil d’Administration du CIQ

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